Lignes de fuite...

Scènes de vie, aphorismes, citations et fictions brèves

13 avril 2008

Alpha (4)

        Après avoir demandé à Clara  de leur refaire un café, Marcus constatant que l’intérêt de Mansart ne faiblissait pas, reprit le cours de son récit . ”Le même processus de concentration et de ligne éditoriale agita les maisons d’édition. Le prix du papier eut raison rapidement des plus petites, puis progressivement des plus grandes, tandis qu’à leur tour disparaissaient un à un les ateliers d’imprimeurs et les libraires de quartier, puis ceux des villes et enfin les “rayons livres” des grands distributeurs d’objets culturels. Rien que dans cette filière, cela commençait à faire du monde.

        Il faut dire que les maisons d’édition ne se laissèrent pas réduire par le marché sans combattre. Dans un premier temps le réflexe des dirigeants de la confrérie littéraire fut sensiblement le même que celui des journalistes. Internet. Tenter  de maintenir une forme d’offre éditoriale en se faisant rétribuer pour permettre les téléchargements de fichiers de textes, ou l’envoi de livres imprimés à l’unité contre une sélection rigoureuse des auteurs et un travail critique accessible en ligne aux lecteurs potentiels. Mais les auteurs les contournèrent bientôt, ne voyant plus la nécessité d’entretenir des intermédiaires rendus superflus par le service qu’une bonne imprimante et un peu de savoir faire pouvait rendre. L’offre littéraire était vaste et les textes circulaient en tous sens, sites élégants d’écrivains chevronnés, blogs de tout un chacun, forums de lecteurs devenus critiques pertinents... Le mélange des genres était roboratif au possible et l’on aurait pu croire que tout irait ainsi pour le mieux dans le meilleur des mondes... Oui, mais voilà. Les arbres ne repoussaient pas. Pas assez vite, pas en assez grand nombre. Pas les arbres à papier en tout cas.”

         Marcus expliqua longuement comment les particuliers se virent, à leur tour, rationner drastiquement l’accès au papier. Il fallut donc impérativement passer au “tout écran”. Le courrier, par exemple, étant devenu essentiellement électronique et les guichets virtuels perfectionnant leur offre, le service postal et celui de l’affranchissement eux-mêmes vinrent à disparaître ( ce qui au passage dopa les échanges philatéliques...).

        Ces remaniements ne pouvaient pas rester sans effets et des comportements nouveaux ne tardèrent pas à apparaître. Il fallu bien se rendre à l'évidence, malgré leur perfectionnements récents, les écrans divers sur lesquels chacun pouvait lire les textes ne représentaient qu’une proposition virtuelle d’accueil transitoire des textes. L’écran de lecture fermé, plus de trace. Panne de batterie ou d’électricité.. plus de texte, un ouvrage dont la lecture était terminée, se refermait tristement en une petite icône titrée dans un dossier informatique dormant. Pour de nombreux lecteurs assidus, la dématérialisation du livre engendra des troubles sérieux dont l’émergence surprit et – il faut bien le dire–  agaça  quelque  peu les médecins qui recevaient ces plaintes inédites.

...À suivre...

Posté par stilife à 19:27 - Fictions - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bonjour Still

Merci pour la visite et le commentaire sur mon blog. Bonne semaine!
Bises,
Eva

Posté par givethemhell, 14 avril 2008 à 03:21

A suivre...

Eh quoi ? Panne de batterie ?
Ne sommes-nous pas déjà le 17 ?
Seriez-vous donc en consultation ?
Qu'en dit le médecin ?

Posté par Papistache, 17 avril 2008 à 19:16

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=428588&pid=8803213

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :